Je ne suis pas représentée par votre féminisme

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Sur le pas de la porte d’un nouveau 8M, je m’assieds et je lis les mots qui, il y a un an, me déchiraient la voix. Même endroit, mais même sentiment aigre-doux ?

Je ferme tous les onglets, autour de l’écran de mon ordinateur portable et je regarde par la fenêtre de ma chambre – une fenêtre différente de celle qui, en mars dernier, m’a vu souffler les cendres qui ornaient les rues.

Les yeux grands ouverts, j’imagine une cour d’école, en pleine récréation, et je vois des enfants qui comprennent mieux la vie que les adultes qui, distraits, les regardent. Une petite fille continue à me sourire et à marcher, et mes yeux, qui lui sourient en retour, savent bien que son peuple combattra cette guerre mieux que la main de l’automate qui la conduit aux quatre murs de bois robuste ; avec crainte et erreur, courageux, ces yeux qui aujourd’hui en souriant marchent, laisseront derrière eux ce dont ils ont hérité et allumeront leur propre feu.

Malheureusement, je détourne le regard de mes souvenirs et je sais que le sentiment doux-amer de l’année dernière crie à travers tout ce bruit. Cela me secoue. En ce mois de mars, le chagrin amer semble résider en moi comme une colonie à moi, courant rapidement dans mes sillons. Sans le vivre, j’entends déjà les chaînes.

L’aigreur semble être passée de la douceur qui émanait autrefois de mes mains en vol ensemble, et surtout, il semble avoir posé l’ignorance innocente qui élevait la chanson au son de cris fiévreux qui promettaient de faire « l’histoire ». Mais à quelle histoire je veux appartenir ? Et vous ?

En parcourant les chroniques, les journaux et les réseaux sociaux, l’histoire commune qui a été applaudie semble disparaître. A-t-elle jamais existé ? Connaissez-vous son histoire ? Et la sienne ? Vous êtes-vous arrêté pour écouter ce qu’elle a à dire ? Et ceux qui sont en arrière-plan ? Écoutez-vous son souffle ? Taisez-vous et écoutez, puis réécoutez et réfléchissez. L’acidité que ma bouche attend aujourd’hui ne partira pas d’ici tant que leur gorge n’aura pas perdu son goût de fer.

Je ne suis pas représenté par les voix qui oppriment les autres voix.
Ils ne représentent pas pour moi les voix qui récitent leur propre oppression, mais se disculpent avec vanité de l’oppression qu’ils exercent eux-mêmes.
Je ne suis pas représenté par des voix qui étouffent fièrement d’autres voix.
Je ne suis pas représentée par votre féminisme, s’il n’inclut pas toutes les femmes.
Votre féminisme ne me représente pas s’il ne comprend pas que toutes les femmes ne sont pas vous et vos conditions.
Votre féminisme ne me représente pas s’il ne sait pas se taire, écouter et désapprendre quand une autre femme se lève.
Votre féminisme ne me représente pas s’il n’est pas critique, il n’évolue pas, il ne vit pas et il ne disparaît pas.
Elle ne représente pas votre féminisme si elle ne sait pas voir au-delà de votre ventre.
Vous ne me représentez pas si votre féminisme fait taire une autre femme. Et maintenant, écoutez et dites-moi, vous les entendez ?

De cette fenêtre, je déclare que je ne voudrai jamais faire partie d’une histoire vide, d’une histoire qui ne donne pas la parole à toutes les femmes. Il y a quelques jours, une nouvelle a surgi qui a mis en première page l’égoïsme brutal du féminisme hégémonique actuel et a mis sur la table de la nappe blanche européenne, la réalité que nous avons masquée en mars avec des slogans pluriels, bruyants et combatifs que la prochaine fois que je crierai, nous avons laissé de côté plus de femmes qu’elles n’en ont incluses à l’intérieur.

Le féminisme doit être critique, il doit être révisable et il doit être inclusif. Sinon, pour qui se bat votre féminisme élevé ? Les rues sont magnifiquement habillées quand la lutte est diverse. L’histoire se fait quand toutes les femmes sont mises à l’unisson. L’histoire sera faite, lorsque nous nous enregistrerons sur le feu, que si être féministe ne vous exempte pas d’attitudes sexistes, encore moins, cela vous exempte d’avoir des attitudes racistes, travesties, lgtbophobes, classistes, etc. Il n’y a pas d’acte plus féministe que d’écouter une autre femme. L’histoire sera celle où aucune femme n’arrêtera de défiler un 8M dans les rues parce qu’elle estime qu’elle n’a pas sa place parmi les autres femmes.